Des mots qui méritent d'être préservés : Ce que la revitalisation des langues autochtones nous apprend sur le sentiment d'appartenance
Juin est le Mois national de l'histoire autochtone au Canada. C'est une période pour honorer les cultures, les contributions et la résilience des peuples des Premières Nations, des Inuits et des Métis—et pour réfléchir, honnêtement, au chemin qu'il reste à parcourir vers une véritable réconciliation.
Cette année, nous vous invitons à cette réflexion par une porte différente : celle du langage.
Cet article s'inspire des travaux de Zebedee Nungak, un écrivain Inuit, activiste et défenseur de la langue de Nunavik. Trois de ses récentes pièces, écrites avec la clarté qui ne vient que de la vérité vécue, ont cristallisé quelque chose d'important—non seulement sur la langue, mais sur ce que signifie construire des milieux de travail où les gens peuvent vraiment appartenir.
Nous partageons ses réflexions avec vous maintenant non pas comme un exercice académique, mais comme une invitation à penser différemment à ce que l'inclusion exige réellement de nous.
Sur la question des langues qui comptent
Dans un récent commentaire, Nungak écrit sur le remarquable mandat de la gouverneure générale Mary Simon—la première personne autochtone à occuper ce poste—et la controverse publique autour du fait qu'elle ne parlait pas français. Un commentateur, sans ironie apparente, a noté que son successeur devrait être « bilingue ».
La réponse de Nungak est précise : Mary Simon est bilingue. Elle parle l'inuktitut et l'anglais. La supposition intégrée dans cette remarque—que le bilinguisme signifie le français et l'anglais, et rien d'autre—révèle quelque chose de plus profond qu'un débat sur la politique linguistique. Elle révèle quelles langues sont comptées au Canada, et quel héritage linguistique est considéré comme légitime.
Pour ceux et celles d'entre nous qui travaillent en inclusion (DEI), c'est une question de milieu de travail autant qu'une question politique.
Dans combien d'organisations célébrons-nous le bilinguisme anglais-français—tout en restant silencieux au sujet des 41 675 locuteur·trice·s de l'inuktitut au Canada, des dizaines de milliers de locuteur·trice·s de cri, des communautés ojibwées qui travaillent à transmettre une langue vivante à la prochaine génération ? Dans combien de milieux de travail les employé·e·s autochtones vivent-il·elle·s leur langue maternelle comme quelque chose à laisser à la porte—non pas parce que quelqu'un·e l'a dit explicitement, mais parce que la culture organisationnelle a rendu le message inequivoquement clair ?
L'inclusion qui ne s'étend pas à la langue est incomplète. Et le coût de cette incomplétude est entièrement supporté par les personnes dont nous avons décidé que les langues ne comptaient pas.
Sur l'archéologie des mots
Dans un deuxième commentaire, Nungak décrit le travail de l'Institut culturel Avataq au Nunavik—une organisation qu'il appelle la seule à mener ce qu'il nomme une « fouille archéologique pour le vocabulaire inuktitut enfoui ».
Cette image m'a complètement arrêtée.
Depuis 1985, Avataq a parrainé 16 ateliers de terminologie inuktitut, compilant 10 419 mots et termes inuktituts qui avaient cessé d'être utilisés à mesure que la vie traditionnelle des Inuits se croisait avec la société canadienne plus large. Ces mots n'ont pas été délibérément abandonnés. Ils ont simplement cessé d'être utilisés avec le temps. Ils sont maintenant stockés dans des cahiers à spirale sur les étagères de la bibliothèque du bureau montréalais d'Avataq, attendant les ressources pour les transformer en manuels, guides de terminologie et vidéos d'enseignement.
Nungak écrit : « Récupérer le vocabulaire inuktitut est un processus merveilleux. Ces mots étaient autrefois d'usage courant parmi les Inuits les plus âgés encore en vie aujourd'hui... Trouver, entendre et apprendre la signification de tels mots, c'est comme découvrir des articles de grande valeur ! »
Pensez à ce que cela signifie. Une langue—un système complet de pensée, de relation, de façon de connaître le monde—a été partiellement enfouie. Non pas par le temps géologique, mais par les forces actives et passives de la colonisation au cours d'une seule vie humaine. Et le travail de la sauver ressemble à de l'archéologie : une excavation soigneuse et minutieuse de quelque chose de précieux qui n'était pas censé disparaître.
Une étude de février 2025 publiée dans Royal Society Open Science modélise un déclin de plus de 90 pour cent de 16 langues autochtones au Canada d'ici 2101—dans la vie des enfants né·e·s aujourd'hui. Pourtant, le financement fédéral pour la revitalisation des langues autochtones a chuté de près de 58 pour cent dans le Budget 2025, même si 65 680 Canadiens ont déclaré apprendre une langue autochtone comme langue seconde—preuve que le désir de préserver et de revitaliser est vivant et croissant, même si l'infrastructure tarde à suivre.
La métaphore archéologique est également utile pour les organisations. Quelle quantité de connaissances institutionnelles, de sagesse culturelle et d'expérience humaine se trouve enfouie dans votre milieu de travail—non demandée, non célébrée, tranquillement archivée—parce que la culture organisationnelle n'a pas été conçue pour la faire remonter à la surface ?
Sur une vision qui vaut la peine d'ĂŞtre maintenue
Dans un troisième commentaire, Nungak partage sa vision de ce qu'il appelle la « Mère de toutes les conférences sur la langue inuktitut »—un rassemblement de toute personne pouvant contribuer à sauver l'inuktitut de l'extinction : linguistes, interprètes, traducteur·trice·s, traducteur·trice·s de la Bible, personnel·le du bureau de traduction du gouvernement, ancien·ne·s, et quiconque dont les connaissances pourraient accélérer le travail.
Il décrit cette vision avec à la fois urgence et pragmatisme. L'urgence est réelle : « La perte linguistique peut être ressentie par tout le monde, et s'accélère de jour en jour. » Le pragmatisme est également réel : l'infrastructure—écoles, programmes d'enseignement structurés, enseignants—n'existe pas encore. L'Institut culturel Avataq a pris en charge, comme Nungak l'écrit avec son humour pince-sans-rire caractéristique, « cette Mission impossible, comme s'il s'agissait simplement d'une affaire tout à fait possible et ordinaire de sauver la langue inuktitut. »
Ce cadrage est remarquable. Non pas parce qu'il minimise le défi, mais parce qu'il refuse d'être paralysé par lui. La vision est claire. Les lacunes sont nommées. Le travail commence quand même.
C'est une posture de leadership qui mérite d'être étudiée.
Combien de nos organisations ont identifié les barrières culturelles et linguistiques qui empêchent les employé·e·s autochtones d'appartenir pleinement—mais n'ont pas encore nommé une vision, rassemblé les bonnes personnes ou commencé le travail archéologique pour comprendre ce qui a été perdu ? Combien ont l'aspiration sans l'architecture ?
Ce que cela signifie pour votre organisation
Le Mois national de l'histoire autochtone n'est pas un moment pour les organisations de faire preuve d'alliance. C'est un moment pour poser des questions honnêtes—et ensuite faire quelque chose des réponses.
Voici trois questions qui méritent d'être méditées :
1. Savez-vous quelles langues parlent vos employé·e·s autochtones ?
Non pas comme exercice de collecte de données, mais comme un véritable acte de curiosité et de respect. Vos systèmes de travail, communications et culture reconnaissent-ils que l'identité linguistique fait partie de l'identité humaine—et que pour beaucoup d'employé·e·s autochtones, leur langue porte des connaissances, des souvenirs et des relations que l'anglais ou le français seuls ne peuvent pas contenir ?
2. Quelles connaissances dans votre organisation sont archivées plutôt qu'activées ?
Suivant la métaphore archéologique de Nungak : quelles perspectives autochtones, façons de savoir et formes d'expertise sont stockées dans des cahiers à spirale sur les étagères de votre organisation—valorisées en théorie, mais non financées, non développées, non amenées au centre de la façon dont les décisions sont prises ?
3. Quelle est la contribution concrète de votre organisation à la revitalisation des langues autochtones ?
L'Appel à l'action 92 de la CVR demande au secteur des entreprises de s'engager à une consultation significative, un accès équitable aux emplois et une formation pour la direction et le·la personnel·le sur les histoires et les droits autochtones. La langue est centrale à tous les trois. Votre milieu de travail offre-t-il des opportunités d'apprentissage des langues autochtones ? Vos engagements en matière de diversité des fournisseur·euse·s incluent-il·elle·s des organisations basées sur les langues autochtones ? Vos stratégies de dons caritatifs et d'investissement communautaire incluent-elles des organisations de revitalisation des langues ?
Ce ne sont pas des questions rhétoriques. Elles sont le début de décisions architecturales—le genre qui transforme la réconciliation d'aspiration en infrastructure.
Un dernier mot de Zebedee Nungak
Nungak termine son commentaire sur l'archéologie des mots inuktituts par cette observation :
« Toute personne participant à de telles sessions vivra son inuitness, au plus profond d'elle-même—étant éveillée ! »
Cet éveil—cette expérience qui consiste, pour une personne, à se sentir pleinement reconnu·e et accepté·e tel·le qu’il·elle est dans un espace partagé— voilà ce que l’on ressent réellement lorsqu’on a le sentiment d’appartenir à un groupe.C'est l'objectif que nous poursuivons à travers chaque initiative en faveur d'un lieu de travail inclusif, chaque formation aux compétences culturelles, chaque conversation sincère sur la question de savoir qui peut se montrer tel qu'il est vraiment.
Cela commence, parfois, par quelque chose d'aussi petit et d'aussi énorme qu'un mot.
En ce Mois national de l'histoire autochtone, puissions-nous faire plus qu'honorer les cultures autochtones dans l'abstrait. Puissions-nous prendre une mesure concrète vers la construction de milieux de travail où les langues autochtones, les systèmes de connaissances et les façons de savoir ne sont pas archivés—mais vivants.
Lectures et ressources supplémentaires
- Institut culturel Avataq — Organisation de préservation culturelle et linguistique pour les Inuits du Nunavik
- Bureau du commissaire aux langues autochtones — Bureau fédéral soutenant la revitalisation des langues autochtones
- Appel à l'action 92 de la CVR — Responsabilités du secteur des entreprises en matière de réconciliation
- First Voices — Plateforme numérique soutenant l'archivage et la revitalisation des langues autochtones