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Des mots qui méritent d'être préservés : Ce que la revitalisation des langues autochtones nous apprend sur le sentiment d'appartenance

Jun 29, 2026


Juin est le Mois national de l'histoire autochtone au Canada. C'est une pĂ©riode pour honorer les cultures, les contributions et la rĂ©silience des peuples des Premières Nations, des Inuits et des MĂ©tis—et pour rĂ©flĂ©chir, honnĂŞtement, au chemin qu'il reste Ă  parcourir vers une vĂ©ritable rĂ©conciliation. 

Cette annĂ©e, nous vous invitons Ă  cette rĂ©flexion par une porte diffĂ©rente : celle du langage. 

Cet article s'inspire des travaux de Zebedee Nungak, un Ă©crivain Inuit, activiste et dĂ©fenseur de la langue de Nunavik. Trois de ses rĂ©centes pièces, Ă©crites avec la clartĂ© qui ne vient que de la vĂ©ritĂ© vĂ©cue, ont cristallisĂ© quelque chose d'important—non seulement sur la langue, mais sur ce que signifie construire des milieux de travail oĂą les gens peuvent vraiment appartenir. 

Nous partageons ses rĂ©flexions avec vous maintenant non pas comme un exercice acadĂ©mique, mais comme une invitation Ă  penser diffĂ©remment Ă  ce que l'inclusion exige rĂ©ellement de nous. 

Sur la question des langues qui comptent

Dans un rĂ©cent commentaire, Nungak Ă©crit sur le remarquable mandat de la gouverneure gĂ©nĂ©rale Mary Simon—la première personne autochtone Ă  occuper ce poste—et la controverse publique autour du fait qu'elle ne parlait pas français. Un commentateur, sans ironie apparente, a notĂ© que son successeur devrait ĂŞtre « bilingue ». 

La rĂ©ponse de Nungak est prĂ©cise : Mary Simon est bilingue. Elle parle l'inuktitut et l'anglais. La supposition intĂ©grĂ©e dans cette remarque—que le bilinguisme signifie le français et l'anglais, et rien d'autre—rĂ©vèle quelque chose de plus profond qu'un dĂ©bat sur la politique linguistique. Elle rĂ©vèle quelles langues sont comptĂ©es au Canada, et quel hĂ©ritage linguistique est considĂ©rĂ© comme lĂ©gitime. 

Pour ceux et celles d'entre nous qui travaillent en inclusion (DEI), c'est une question de milieu de travail autant qu'une question politique. 

Dans combien d'organisations cĂ©lĂ©brons-nous le bilinguisme anglais-français—tout en restant silencieux au sujet des 41 675 locuteur·trice·s de l'inuktitut au Canada, des dizaines de milliers de locuteur·trice·s de cri, des communautĂ©s ojibwĂ©es qui travaillent Ă  transmettre une langue vivante Ă  la prochaine gĂ©nĂ©ration ? Dans combien de milieux de travail les employé·e·s autochtones vivent-il·elle·s leur langue maternelle comme quelque chose Ă  laisser Ă  la porte—non pas parce que quelqu'un·e l'a dit explicitement, mais parce que la culture organisationnelle a rendu le message inequivoquement clair ? 

L'inclusion qui ne s'Ă©tend pas Ă  la langue est incomplète. Et le coĂ»t de cette incomplĂ©tude est entièrement supportĂ© par les personnes dont nous avons dĂ©cidĂ© que les langues ne comptaient pas. 

Sur l'archéologie des mots

Dans un deuxième commentaire, Nungak dĂ©crit le travail de l'Institut culturel Avataq au Nunavik—une organisation qu'il appelle la seule Ă  mener ce qu'il nomme une « fouille archĂ©ologique pour le vocabulaire inuktitut enfoui ». 

Cette image m'a complètement arrĂŞtĂ©e. 

Depuis 1985, Avataq a parrainĂ© 16 ateliers de terminologie inuktitut, compilant 10 419 mots et termes inuktituts qui avaient cessĂ© d'ĂŞtre utilisĂ©s Ă  mesure que la vie traditionnelle des Inuits se croisait avec la sociĂ©tĂ© canadienne plus large. Ces mots n'ont pas Ă©tĂ© dĂ©libĂ©rĂ©ment abandonnĂ©s. Ils ont simplement cessĂ© d'ĂŞtre utilisĂ©s avec le temps. Ils sont maintenant stockĂ©s dans des cahiers Ă  spirale sur les Ă©tagères de la bibliothèque du bureau montrĂ©alais d'Avataq, attendant les ressources pour les transformer en manuels, guides de terminologie et vidĂ©os d'enseignement. 

Nungak Ă©crit : « RĂ©cupĂ©rer le vocabulaire inuktitut est un processus merveilleux. Ces mots Ă©taient autrefois d'usage courant parmi les Inuits les plus âgĂ©s encore en vie aujourd'hui... Trouver, entendre et apprendre la signification de tels mots, c'est comme dĂ©couvrir des articles de grande valeur ! » 

Pensez Ă  ce que cela signifie. Une langue—un système complet de pensĂ©e, de relation, de façon de connaĂ®tre le monde—a Ă©tĂ© partiellement enfouie. Non pas par le temps gĂ©ologique, mais par les forces actives et passives de la colonisation au cours d'une seule vie humaine. Et le travail de la sauver ressemble Ă  de l'archĂ©ologie : une excavation soigneuse et minutieuse de quelque chose de prĂ©cieux qui n'Ă©tait pas censĂ© disparaĂ®tre. 

Une Ă©tude de fĂ©vrier 2025 publiĂ©e dans Royal Society Open Science modĂ©lise un dĂ©clin de plus de 90 pour cent de 16 langues autochtones au Canada d'ici 2101—dans la vie des enfants né·e·s aujourd'hui. Pourtant, le financement fĂ©dĂ©ral pour la revitalisation des langues autochtones a chutĂ© de près de 58 pour cent dans le Budget 2025, mĂŞme si 65 680 Canadiens ont dĂ©clarĂ© apprendre une langue autochtone comme langue seconde—preuve que le dĂ©sir de prĂ©server et de revitaliser est vivant et croissant, mĂŞme si l'infrastructure tarde Ă  suivre. 

La mĂ©taphore archĂ©ologique est Ă©galement utile pour les organisations. Quelle quantitĂ© de connaissances institutionnelles, de sagesse culturelle et d'expĂ©rience humaine se trouve enfouie dans votre milieu de travail—non demandĂ©e, non cĂ©lĂ©brĂ©e, tranquillement archivĂ©e—parce que la culture organisationnelle n'a pas Ă©tĂ© conçue pour la faire remonter Ă  la surface ? 

Sur une vision qui vaut la peine d'ĂŞtre maintenue 

Dans un troisième commentaire, Nungak partage sa vision de ce qu'il appelle la « Mère de toutes les conférences sur la langue inuktitut »—un rassemblement de toute personne pouvant contribuer à sauver l'inuktitut de l'extinction : linguistes, interprètes, traducteur·trice·s, traducteur·trice·s de la Bible, personnel·le du bureau de traduction du gouvernement, ancien·ne·s, et quiconque dont les connaissances pourraient accélérer le travail.

Il dĂ©crit cette vision avec Ă  la fois urgence et pragmatisme. L'urgence est rĂ©elle : « La perte linguistique peut ĂŞtre ressentie par tout le monde, et s'accĂ©lère de jour en jour. » Le pragmatisme est Ă©galement rĂ©el : l'infrastructure—écoles, programmes d'enseignement structurĂ©s, enseignants—n'existe pas encore. L'Institut culturel Avataq a pris en charge, comme Nungak l'Ă©crit avec son humour pince-sans-rire caractĂ©ristique, « cette Mission impossible, comme s'il s'agissait simplement d'une affaire tout Ă  fait possible et ordinaire de sauver la langue inuktitut. » 

Ce cadrage est remarquable. Non pas parce qu'il minimise le dĂ©fi, mais parce qu'il refuse d'ĂŞtre paralysĂ© par lui. La vision est claire. Les lacunes sont nommĂ©es. Le travail commence quand mĂŞme. 

C'est une posture de leadership qui mĂ©rite d'ĂŞtre Ă©tudiĂ©e. 

Combien de nos organisations ont identifiĂ© les barrières culturelles et linguistiques qui empĂŞchent les employé·e·s autochtones d'appartenir pleinement—mais n'ont pas encore nommĂ© une vision, rassemblĂ© les bonnes personnes ou commencĂ© le travail archĂ©ologique pour comprendre ce qui a Ă©tĂ© perdu ? Combien ont l'aspiration sans l'architecture ? 

Ce que cela signifie pour votre organisation 

Le Mois national de l'histoire autochtone n'est pas un moment pour les organisations de faire preuve d'alliance. C'est un moment pour poser des questions honnĂŞtes—et ensuite faire quelque chose des rĂ©ponses. 

Voici trois questions qui mĂ©ritent d'ĂŞtre mĂ©ditĂ©es : 

1. Savez-vous quelles langues parlent vos employé·e·s autochtones ? 

Non pas comme exercice de collecte de donnĂ©es, mais comme un vĂ©ritable acte de curiositĂ© et de respect. Vos systèmes de travail, communications et culture reconnaissent-ils que l'identitĂ© linguistique fait partie de l'identitĂ© humaine—et que pour beaucoup d'employé·e·s autochtones, leur langue porte des connaissances, des souvenirs et des relations que l'anglais ou le français seuls ne peuvent pas contenir ? 

2. Quelles connaissances dans votre organisation sont archivĂ©es plutĂ´t qu'activĂ©es ? 

Suivant la mĂ©taphore archĂ©ologique de Nungak : quelles perspectives autochtones, façons de savoir et formes d'expertise sont stockĂ©es dans des cahiers Ă  spirale sur les Ă©tagères de votre organisation—valorisĂ©es en thĂ©orie, mais non financĂ©es, non dĂ©veloppĂ©es, non amenĂ©es au centre de la façon dont les dĂ©cisions sont prises ? 

3. Quelle est la contribution concrète de votre organisation Ă  la revitalisation des langues autochtones ? 

L'Appel Ă  l'action 92 de la CVR demande au secteur des entreprises de s'engager Ă  une consultation significative, un accès Ă©quitable aux emplois et une formation pour la direction et le·la personnel·le sur les histoires et les droits autochtones. La langue est centrale Ă  tous les trois. Votre milieu de travail offre-t-il des opportunitĂ©s d'apprentissage des langues autochtones ? Vos engagements en matière de diversitĂ© des fournisseur·euse·s incluent-il·elle·s des organisations basĂ©es sur les langues autochtones ? Vos stratĂ©gies de dons caritatifs et d'investissement communautaire incluent-elles des organisations de revitalisation des langues ? 

Ce ne sont pas des questions rhĂ©toriques. Elles sont le dĂ©but de dĂ©cisions architecturales—le genre qui transforme la rĂ©conciliation d'aspiration en infrastructure. 

Un dernier mot de Zebedee Nungak 

Nungak termine son commentaire sur l'archĂ©ologie des mots inuktituts par cette observation : 

« Toute personne participant Ă  de telles sessions vivra son inuitness, au plus profond d'elle-mĂŞme—étant Ă©veillĂ©e ! » 

Cet Ă©veil—cette expĂ©rience qui consiste, pour une personne, Ă  se sentir pleinement reconnu·e et accepté·e tel·le qu’il·elle est dans un espace partagé— voilĂ  ce que l’on ressent rĂ©ellement lorsqu’on a le sentiment d’appartenir Ă  un groupe.C'est l'objectif que nous poursuivons Ă  travers chaque initiative en faveur d'un lieu de travail inclusif, chaque formation aux compĂ©tences culturelles, chaque conversation sincère sur la question de savoir qui peut se montrer tel qu'il est vraiment. 

Cela commence, parfois, par quelque chose d'aussi petit et d'aussi Ă©norme qu'un mot. 

En ce Mois national de l'histoire autochtone, puissions-nous faire plus qu'honorer les cultures autochtones dans l'abstrait. Puissions-nous prendre une mesure concrète vers la construction de milieux de travail oĂą les langues autochtones, les systèmes de connaissances et les façons de savoir ne sont pas archivĂ©s—mais vivants. 

Lectures et ressources supplĂ©mentaires 

  • Institut culturel Avataq — Organisation de prĂ©servation culturelle et linguistique pour les Inuits du Nunavik
  • Bureau du commissaire aux langues autochtones — Bureau fĂ©dĂ©ral soutenant la revitalisation des langues autochtones
  • Appel Ă  l'action 92 de la CVR — ResponsabilitĂ©s du secteur des entreprises en matière de rĂ©conciliation
  • First Voices — Plateforme numĂ©rique soutenant l'archivage et la revitalisation des langues autochtones 
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